Ali Chatila

La société du déni

Texte en écho à “La société du Spectacle” de Guy Debord que je n’ai pas lu.

Je les observe, regarder passionnément la libération d’otages Israéliennes en Palestine. Nous sommes en janvier 2025, elle est fière de voir des arabes organisés, bien équipés. Quatre militaires, otages israéliennes, tout sourire [elles ont l’air arabe à mes yeux]. Je préfère tourner la tête de l’écran de télévision avec le son trop fort qui me fatigue. Les voitures de la croix rouge ont des plaques genevoises, fun.
Elle et lui sont captivés. Lui, debout, collé à l’écran de télévision, augmente le son, je couvre ma seconde oreille avec mon casque de musique. Il fait des analyses de ce qui se passe comme un expert. Ça compare les chaînes arabes, israélienne, française etc. et ça prend les propos des journalistes personnellement. Il me parle en me disant de regarder, avec passion. Je regarde un instant et je remet mon casque pour revenir à ce texte.
Ça y est c’est officiel les otages ont été libérées. Qu’est ce qui a changé ? Probablement beaucoup de choses, mais dans ce salon où je suis, je ne vois rien de différent. On retourne à nos occupations.
Aujourd’hui, je leur partage la tristesse qui m’occupe. Ils me disent qu’il ne faut pas, que ce n’est rien de nouveau. C’était pareil au Liban, en Irak…, avant.
Faut-il juste s’y faire [ça je sais bien le faire] ? Ou continuer à être affecté, ne pas tolérer, s’attrister, dans l’espoir ? Que ça change ?

L'aiguille

“le destin passe et repasse à travers nous comme l’aiguille du cordonnier à travers le cuire qu’il façonne” Chronique montagnarde, œuvre du moine Elias de Kfaryabda, dans le livre Le Rocher de Tanios, œuvre d’ Amin Maalouf.

Je vois dans cette métaphore, d’abord la douleur que nous inflige le destin lorsqu’il nous traverse. Une douleur nécessaire au façonnage de notre âme. Je vois également le fil qui se tend à chaque passage et qui nous tire [bien que nous ne bougeons pas] dans une direction bien précise.
Jusque là, je pensais que j’étais l’élément actif qui passait à travers mon destin, lui passif et déjà tout tracé. Mon rôle étant de m’en approcher au point de ne faire plus qu’un avec et ne plus avoir à le traverser d’un extrême à l’autre.
Et si j’étais l’élément passif ? Et si c’était le destin qui me traversait comme une aiguille. Rendant le passage plus douloureux lorsque ma peau est épaisse et résistante. [Peut-être que lorsqu’une âme a la peau trop dure et trop épaisse, l’aiguille casse.] Puis, s’il y a des âmes à la peau épaisse alors il doit y en avoir à la peau fine et souple, qui n’oppose aucune résistance au destin, qui ne souffre d’aucun passage.
Mon âme, je le sens, est sensible à cette aiguille. Je considère cela comme une chance. La douleur de son passage ne m’est pas familière, surprenante et brûlante. Parfois, je résiste jusqu’à ce que la brûlure oblige le passage. Pourtant, il arrive des jours durant sans que je ne sente son passage.
Peut-être qu’une même âme, comme une seule peau, a des parties tendres et d’autres dures. Le destin nous traverse alors à différents endroits et à différents moment, rendant parfois son passage pénible, long et douloureux et d’autres fois léger, presque invisible.
Lorsque j’accepte, l’aiguille, ma peau devient alors souple et détendue, rendant son passage affectueux. Et inversément. Alors que si je m’obstine à résister, bien que ma peau en est inccapable, elle devient dure et épaisse, rendant l’expérience douloureuse.
Prenons soin de rendre notre âme aussi tendrement que la peau d’un enfant, alors l’aiguille du destin nous sera qu’une visite familière.

Noés

Texte inspiré du mythe de Noé.

Annonciateur de catastrophe, pris pour exagérateur par ses pères [probablement des gens de droite], il prend les choses en main, construit son arche et ne regarde pas derrière lui. Les animaux le suivent, naturellement.
Le problème des Noés contemporain.e.x.s, c’est qu’iels veulent sauver même les non-croyants. Je parle ici de non-croyant en dieu selon une définition proche de celle de Spinoza qui nomme dieu “Nature”. Donc des non-croyants des signaux clairs que nous donne la nature. Les non-croyants, faut-il les sauver ?
Ou bien, est-ce qu’il ne serait pas temps que nous construisions notre arche ? Et à quoi ressemble une arche de Noés contemporain.e.x.s ?
Tout d’abord, elle se construit forcément en opposition à la société, la société n’écoutant pas les prophètes. Donc possiblement dans une forme d’illégalité, oups…
Voilà.

C’est l’heure des arches.
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